"Vets don't cry..." Vraiment ?!


Encore récemment j'ai été confrontée à une situation que je redoute : être submergée par l'émotion durant un accompagnement de fin de vie.  Comment expliquer cela ?

La prise de décision

     Lorsque l'on suit ou que l'on rencontre pour la première fois un animal dont la qualité de vie est clairement dégradée, la question d'arrêter là se pose. Un chien ou un chat qui ne mange plus, qui vomit tout ce qu'il / elle mange, ou encore qui ne se déplace plus pour aller faire ses besoins sont des signes d'une dégradation nette de cette qualité de vie.

     Que la décision intervienne après de multiples rencontres, ou dès la première consultation, elle se fait toujours après discussion ouverte entre les accompagnants et le / la vétérinaire. Quand un.e vétérinaire réalise l'acte d'accompagner un animal vers sa fin de vie, il / elle est toujours en accord avec la décision prise. Dans le cas contraire, il nous est d'ailleurs permis de refuser.

    Quand l'émotion nous gagne, il ne s'agit donc pas d'un regret ou d'un doute sur le bien fondé de cette décision.

Le déroulement

Une fois la décision prise, le déroulement peut varier selon le contexte et l'animal. Si nous sommes en clinique ou à domicile, si les accompagnants souhaitent assister, si l'animal est plutôt vif ou au contraire très fatigué.

A domicile, la plupart des accompagnants souhaitent être présents, au moins dans les premières phases. L'animal est d'abord sédaté : il se relâche progressivement, se couche et se laisse parfois aller à s'endormir. Une fois détendu, un produit anesthésiant, puis un produit arrêtant le coeur et la respiration sont administrés. 

La procédure est donc progressive, sans douleur, permettant aux accompagnants de se recueillir s'ils le souhaitent. L'impression générale est celle d'un animal qui s'endort jusqu'à s'arrêter de respirer.

N'est-ce pas finalement l'idéal : partir entouré de nos proches, en sombrant dans le sommeil ?
 

Le devenir de la dépouille

Une fois la procédure terminée, que le coeur est arrêté, plusieurs options existent.

La dépouille peut être mise en terre : en France cette pratique est interdite par la loi, sauf si elle est réalisée dans certaines conditions par un prestataire spécialisé (Pompes Funèbres). Les vétérinaires ont un devoir d'information uniquement.

L'autre choix est la crémation, collective (avec d'autres animaux de compagnie) ou individuelle avec restitution des cendres. Cette crémation est réalisée par des prestataires indépendants, spécialisés pour les animaux de compagnie.
J'ai pour ma part visité le crématorium avec lequel je travaille et n'ai aucun doute sur le professionnalisme de l'équipe. Il est même possible d'assister à la crémation de son compagnon sur demande.

La prise en charge de nos animaux n'est donc pas non plus en question.

Alors comment justifier cette émotion ?

Je ne pourrai parler ici que de mon expérience personnelle, mais peut être que certain.e.s confrères / consoeurs se retrouveront dans mon explication.

Pour ma part, l'émotion me submerge toujours lorsque certaines paroles sont prononcées par les accompagnants. Des paroles qui me font réaliser quel vide cette perte va provoquer dans leur vie, quel lien fort les unissait à leur compagnon.
Un enfant, dont l'âge correspond à celui de son chien, qui pleure à gros sanglots l'animal avec lequel il a grandit. Une dame qui euthanasie la chienne de son époux décédé l'année passée ; cette chienne était tout ce qui lui restait de son mari, son dernier lien avec lui. Un couple qui pleure à chaudes larmes sur la dépouille de leur chat, avec lequel il dormait encore la veille.

Dans ces moments-là, il m'arrive d'avoir les larmes aux yeux. Je n'ai aucun doute sur le fait que cette décision est la bonne, la procédure s'est bien passée et l'animal est parti en douceur, je sais qu'il / elle sera bien pris.e en charge par la suite. Je suis juste traversée par la tristesse que ressentent les accompagnants.

Quelques respirations, quelques tapotements sur les yeux, un petit coup de mouchoir discret : le but est de rester discrète, ne pas mettre les accompagnants mal à l'aise, de ne pas voler leurs derniers moments avec leur compagnon. Il s'agit probablement d'un manque de professionnalisme, je m'en rends compte.


Et puis finalement quand je réfléchis je me dis qu'il est inutile d'essayer de changer. D'ailleurs, c'est probablement pour cette même raison que j'ai choisi d'exercer à domicile...

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